Juin 20

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Il aime le sport – « le foot et la course, surtout » – et, à 6 ans, il a déjà réussi un exploit de haut niveau : faire oublier son handicap jusqu’à devenir la coqueluche de sa classe.
Comprenez, l’autre fauteuil roulant. Celui qui est arrivé dans la salle d’escrime, rue des Cités, pour que ce petit bonhomme atteint d’une malformation des membres inférieurs apprenne à manier le fleuret avec un  amarade en face de lui dans la même position.

Assis et sans l’usage de ses jambes.

Rien d’évident quand il s’agit d’une arme aussi technique que le fleuret. « Il y a des conventions à respecter comme la fente avec les jambes. En fauteuil, on ne peut jouer qu’avec le buste : l’amplitude des mouvements est limitée », explique Olivier Belnoue, le maître d’armes du club d’escrime d’Aubervilliers. Il y a quelques années, celui-ci souhaitai monter une section handisport. Elle n’a pas vu le jour en raison du coût des fameux dispositifs Handifix qui permettent de fixer au sol deux fauteuils en face à face pour qu’ils ne basculent pas pendant les combats. Heureusement pour Youcef, l’histoire s’est terminée différemment. Grâce à la mobilisation  de tous les acteurs autour de lui : son institutrice, son ergothérapeute qui a prêté le second fauteuil pour ses camarades, la conseillère pédagogique de l’Education nationale qui a alerté le service des Sports d’Aubervilliers, lequel s’est tourné vers le Comité régional d’escrime d’Ile-de-France.

Respecter la différence

« En 2010, à l’occasion des Championnats du Monde d’escrime au Grand Palais, j’avais lu dans la presse sportive que la Région avait investi dans du matériel adapté », raconte Martial Byl, le directeur du pôle municipal Jeunesse et Sport. Qui ne se trompe pas : le Conseil régional a bien, alors, financé 18 Handifix pour 100 000 €. « Certains sont désormais prêtés à des clubs comme celui qui est arrivé à Aubervilliers
à la fin des vacances de printemps », précise Djamel Belkhedra, responsable de l’animation et de l’éducation par le sport.

Youcef et ses camarades sont aujourd’hui les seuls écoliers de la ville à en bénéficier. Mais d’autres enfants handicapés (et valides), dans le cadre scolaire de l’enseignement de l’escrime, pourraient profiter à l’avenir de ces cours doublement instructifs. « A travers cette pratique du fleuret, les enfants apprennent à respecter la différence : et c’est plus dur. Tu dois t’adapter, illustre Wassila Redouane, qui encadre les classes d’escrime. Résultat, dans cette classe ils se plaignent beaucoup moins d’avoir chaud ou d’être fatigués… Ils ont l’exemple de Youcef en face d’eux. »
Aurélia Sevestre

En lien avec l’action Agenda 21 n° 15 « Mettre en place des animations sportives pour les personnes handicapées


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